Valérie Poirier

Auteure     

            

Avec la fulgurance d’un flash

Samedi 10 août 2013

Daniel Fattore

Valerie La Liberte photo AUGUSTIN REBETEZ - DAUTREPART.CH

Valérie Poirier

 

AUGUSTIN REBETEZ - DAUTREPART.CH

 

NOUVELLES

Dans «Ivre avec les escargots», Valérie Poirier évoque des années de jeunesse à La Chaux-de-Fonds tiraillées entre conventions provinciales et modernité.

Vingt-quatre nouvelles sur 149 pages. Le lecteur est averti, ce seront des flashes, des plages de vie, plutôt que des histoires aux intrigues longuement ciselées. Ivre avec les escargots, signé par l’auteure de théâtre Valérie Poirier, est-il d’ailleurs vraiment un recueil de nouvelles? Truffés de personnages récurrents et d’échos qui se répondent d’un texte à l’autre, les récits qui composent ce petit ouvrage tendent à composer un panorama. Celui du temps de la jeunesse de l’auteure, des années 1970-1980.

Ces années sont marquées à la fois par une certaine aisance de vivre en Suisse, et en particulier à La Chaux-de-Fonds – où l’auteure a vécu avant de s’installer à Genève –, et par des frustrations plus ou  moins bien acceptées.

Les deux premières nouvelles de cet ouvrage sont cruciales. La première confronte la ville de La Chaux-de-Fonds avec son Pod, son vin de Neuchâtel et ses patronymes typiques, et les collègues d’école que la narratrice revoit sans les reconnaître après plusieurs années d’exil: «Josiane? La petite Josiane avec ses cheveux en baguettes de tambour… Bon Dieu, j’ai cru que c’était sa mère!»

La deuxième nouvelle, «Rue du Vieux-Cimetière», relate la naissance de la vocation poétique de celle qui s’exprime à la première personne du singulier tout au long du recueil. Les débuts sont peu évidents, mais prometteurs: «C’est un peu brut de décoffrage», décrète M. Favre, le mentor de la narratrice, après la découverte de ses premiers vers. C’est à cette naissance poétique, imprégnée de Mallarmé et de Rimbaud, que le petit livre de Valérie Poirier doit son titre.

C. JÉRÔME ET «LA DOLCE VITA»

Aussi brèves que fulgurantes, les nouvelles qui suivent distillent un fumet de province étriquée, et donnent à voir ses limites et travers. Il est question de Fanny, vieille fille qu’on regarde avec compassion et qui finit par trouver sa voie dans le théâtre au grand dam, dûment camouflé, de sa famille. Aux accords de Besame mucho, le lecteur fait la connaissance d’Aimée, qui rencontre son premier amour à 52 ans par petite annonce. Un premier amour «plus enrobé que sur la photo», comme il se doit.

L’auteure décrit une jeunesse qui se cherche, tiraillée entre un modèle conventionnel vieilli, insatisfaisant et critiquable, et l’envie d’un autre chose aux contours vaporeux. Les chansons de C. Jérôme font rêver, les filles se rejouent La Dolce Vita en plongeant leurs pieds dans une fontaine de La Chaux-de-Fonds. Mais quoi? La nouvelle «On the road» rappelle les limites d’un choix de vie radicalement marginal et hippie, à travers l’épopée lamentable de la narratrice et d’un certain Gilbert l’Inuit.

«On rêvait d’être exploratrices, mais quand quelqu’un nous demandait ce qu’on ferait plus tard, on répondait: institutrice»: Ivre avec les escargots est le tableau d’un point de bascule entre l’avenir rêvé et les possibilités effectives, perçu d’un point de vue féminin.

La poésie se fait sobre et discrète pour dépeindre les destinées des Ducommun, des Favre, des Droz et de quelques autres. Des destinées aussi prévisibles et convenues qu’une fin de rendez-vous au Carioca, bar branché de La Chaux-de-Fonds.

Valérie Poirier, Ivre avec les escargots, Ed. d’autre part, 2013, 149 pp.

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