Valérie Poirier

Auteure     

            

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Valérie Poirier revient sur une enfance

«Ivre avec les escargots»

LIVRES DE PRINTEMPS  Composé de nouvelles aux connotations autobiographique, l'ouvrage se situe dans la Chaux-deFonds de la fin des années 1970

 Valerie Poirier Theatre de Marionettes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Valérie Poirier. La femme fait aujourd’hui du théâtre à Genève. La voici au Marionnettes en 2012.

Image: Pierre Abensur

L’enfance reste un vert paradis. Surtout à partir d’un certain âge. Passé la cinquantaine, même ses petits bobos prennent leur charme. Je parle bien sûr ici d’enfances normales. Ceux qui tiennent plus tard à vider la poubelle décriront bien sûr des enfers.

Née à Rouen en 1961, installée avec sa mère pendant ses jeunes années à La Chaux-de-Fonds, Valérie Poirier peut aujourd’hui se raconter en douceur, sous forme de nouvelles. Le genre permet de mêler adroitement la réalité à la fiction. Un signe ne trompe pas. Dans cette description de la vie des «Françaises» dans le haut neuchâtelois (car elles restent pour tous des étrangères!), il existe un fil conducteur. Le lecteur se retrouve en réalité face à un roman éclaté.

Grand retour en arrière

«Ivre avec les escargots» commence par un flash-back. Nous sommes dans les années 2000. L’ex-fillette revient dans la ville de ses dix-quinze ans. Elle revoit les gens, un peu abîmés. «On se jauge, on hésite. C’est lui? C’est elle? Salut, salut. Ça fait une trotte.» Passé 1981, la narratrice (alias l’auteure) a en effet pris le large, au propre comme au figuré. «Je perds les copains de vue, oubliés les noms des rues, la cartographie du canton.» L’une des artères, qui donne son titre à la seconde nouvelle, se nomme pourtant la rue du Vieux-Cimetière…

Il est difficile de se raconter. De se raconter petite fille surtout, alors que le monde et sa personne ont tant changé. Valérie Poirier est aujourd’hui installée à Genève. Elle y fait du théâtre. Plus de la littérature, bien sûr. Et avant tout les deux mélangés. La femme a ainsi écrit une dizaine de pièces, dont «Quand la vie bégaie» (1993) ou «Les bouches» (2004). Citons pour la suite «Loin du bal», créé au Théâtre de Poche en 2009.

Textes, miettes et confettis

Valérie Poirier a publié chez Bernard Campiche, à Orbe. La voici dans la collection «lieu et temps» de Pascal Rebetez, chez D’autre Part. Une collection qui sent souvent le sapin jurassien. L’éditeur a aimé ses textes, de longueurs très inégales. Certains tiennent de la miette, ou du confetti. Il faut dire qu’il se dégage du livre un véritable ton. Ce fameux ton qui lie le fond, la forme et la personnalité de l’auteur.

Je terminerai donc en racontant mon récit préféré. Dans l’immeuble triste qu’elle habite avec sa mère, la fillette a peur d’un voisin vieux et malodorant. C’est un érudit, qui lui fera non seulement lire, mais écrire de la poésie. Elle le voit en secret. Un jour, Monsieur Favre la reçoit en robe de chambre, arguant qu’il aurait bientôt de la visite. «Il mourut dans la nuit.»

Pratique

«Ivre avec des escargots», de Valérie Poirier, aux Editions D’Autre Part, 152 pages.

Par Etienne Dumont (Créé: 08.05.2013, 10h03)

 

 

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© Valérie Poirier